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Enfance 2

L'esplanade du Cercle

C'est ce grand espace qui s'étend derrière l'église. Il était bordé par deux bâtiments juxtaposés qui servaient de Salle d'entrainement gymnique, l'autre et de salle de cinéma.

Cet espace appartenait et appartient encore à une Association Paroissiale.

L'espace de plein air était le Centre de gravité de nombreuses rencontrs sportives, musicales et sociales.


La kermesse paroissiale

 Cela se passait le premier dimanche de juillet. C'était un moment de rencontre attendu par les parents et les enfants.
Les jeux d'enfants étaient simples et traditionnels : la pêche à la ligne, le tir des boites de conserve, des courses en sac, etc
Il y avait surtout des stands de vêtements pour enfants, (tricot ou couture). Ces stands étaient  tenus par des "dames patronesses". D'autres stands permettaient de s'approvisionner en gateaux ou brioches. Le bénéfice des ventes était destiné à des oeuvres caritatives. 

A la kermesse de 1949, il avait été lancé le "concours du plus beau bébé". Ma petite cousine Martine, qui était très mignonne, était agée,  à ce moment là, de 10 mois. Elle entrait donc dans les critères du concours. Alors, ma Tatie Renée, sa maman a eu l'idée de la présenter.

Après examen de tous les bébés, le jury l'avait déclarée "le plus beau bébé de Collonges" car en plus d'être jolie, elle avait 10 mois et 10 dents, et pesait 10 kilos.

J'étais très fier. Par plaisanterie, cette phrase lui est resté attachée toute sa courte vie.

 

La gymnastique, et la Jeanne d'Arc.

 

La salle d'entrainement d'hiver se situait dans le petit bâtiment du fond ( salle paroissiale) .

Elle était plutôt réservée au travail sur les agrès : barre fixe, barres parallèles, et cheval d'arçon. Les entrainements pour les mouvements d'ensemble se pratiquaient aussi dans cette salle.

Le terrain extérieur était utilisé dans la partie pelouse actuelle. Là étaient implatés les sautoirs, en longueur et en hauteur, et la piste de course de 60 mètres.

Je n'étais pas très doué pour les agrès, mais je me défendais pas mal pour les épreuves d'athlétisme et surtout le 60 ou 80 mètres. Nous rencontrions souvent la Jeanne d'Arc de Caluire pour de petits compétitions entre nous. Mais l'objectif premier était de préparer les concours départementaux comme à Amplepuis, et les concours régionaux. En 1950, j'ai participé à celui d'Aix les Bains. C'était grandiose, surtout lorsque près d'un millier de gymnastes de toute la région vêtus de leur tenue blanche ont présenté au public, sur la pelouse du stade, "les mouvements synchronisés d'ensemble". C'était pour nous le couronnement de tous nos efforts locaux de synchronisation. 

J'avais aussi fait de belles performances sportives, mais pas de podium.

En 1947, après la guerre, la Jeanne d'Arc avait repris son actité. Et c'est en 1949 qu'elle a fêté, en grande pompe, son 40ème anniversaire. Lentrainement de cette nouvelle section gymnique avait été confiée à Paul Daru.

Une grande fête gymnique s'est déroulée l'après-midi : démonstrations de barre fixe et parallèles par des champions lyonnais, numéros de main à main, pyramides humaines d'adultes sur 4 niveaux, et numéros gymniques de clowns.

 

La photo de famille présente au premier rang, assis à terre, les pupilles en tenue blanche dont je fais partie (3ème à partir de la gauche). Les gymnastes adultes et la "clique"sont au dernier rang, aussi en tenue blanche. Mon oncle Auguste (1er à gauche en blanc) et mon père en civil (3ème) sont tous deux assis au premier rang.

 

L'esplanade du Cercle - Tetelpinpin

Les processions de la Fête-Dieu

C'était un événement annuel majeur qui se produisait deux dimanches de suite. La première procession se terminait au Grand Port, et la deuxièmeau château du Tourvéon. On pouvait marcher lentement et nombreux dans les rues. Il n'y avait pas beaucoup de voitures à l'époque.

Avec Papa (toujours mis à contribution) on démarrait les préparatifs au fond de l'église, dès le vendredi pour le montage du dais mobile en bois noir et en tissu.

Quand Papa avait fini son montage, il me donnait l'escabeau pour que j'installe aux quatre coins du dais au dessus du plafond en tissu, les grands plumets colorés. C'était joli !

 Le dimanche de la procession, le curé Passot revètait, pour l'occasion, ses beaux habits de lumière et portait sous le dais et sur tout le trajet le lourd et grand ostensoir doré..

La procession démarrait toujours de l'église en bon ordre. D'abord les petits enfants et les jeunes enfants de choeur avec leurs petites corbeilles pendues autourdu cou, et remplies de pétales de pivoines ou de roses qu'ils lancaient allègrement à la volée tout au long du parcours.

Devant le dais mon copain Popaul agitait son encensoir .

Sous le dais avec le père Passot, deux enfants de choeur portaient des objets sacrés.

Quatre hommes forts aux quatre coins du dais étaient chargés de le transporter.  Le cortège pouvait s'ébranler.
Puis suivaient derrière le dais, les paroissiens et paroissiennes. Dans le cortège des dames suivaient avec de grosses balles à linge remplies de pétales pour réapprovisionner les lanceurs de fleurs. Certains s'en donnaient à coeur-joie.


En chemin, le cortège s'arrêtait devant des "reposoirs", sortes d'autels recouverts de draps blancs et très fleuris. On chantait des chansons. Le père Passot présentait son ostensoir au public. Puis il retournait sous le dais, et on repartait. On chantait  aussi en chemin.

Le pemier reposoir de la procession du Tourvéon était installé sur la place dans le renfoncement, derrière le portail, vers la maison Suchet. Le deuxième était construit devant la Croix de Chavannes, Puis on montait Peytel pour retrouver le reposoir de chez Morel, au croisement Peytel-Saint Romain. Tout le mur route de Saint-Romain était recouvert de draps blancs plantés de fleurs. Puis, on terminait devant un splendide reposoir au fond du parc du Tourvéon.

Une année, il avait fait très chaud, et un soleil de plomb pour la procession. J'avais pris une sévère insolation, et j'avais déliré pendant deux jours à la maison. Alors maman qui n'était pas contente a décidé que je n'irai plus aux processions, car on ne pouvait pas porter son béret.

 

La Fanfare "l'Avenir" de Collonges

La Fanfare "l'Avenir" de Collonges - Tetelpinpin

Défilé d'une partie de la Fanfare, lors d'une manifestation

 

Cette Fanfare avait été créée en ....Après la guerre elle a naturellement repris se activités. Les gros instruments à vent lourds et encombrants ne faisaient plus recette auprès des nouvelles recrues. C'était une fanfare très "cuivre" avec saxophones,trombonne à coulisse, trompettes, cornet à piston et basse. Papa jouait du cornet à piston. Parfois il faisait des solos lors de concerts;.

Les répétitions avaient lieu dans une salle derrière la mairie. Quelques fois je suis  allé écouter les musiciens, et regarder la gestuelle des chefs d'orchestre. Monsieur Housse et monsieur Décaillon dirigeaient différemment l'orchestre.

La Fanfare était de toutes les festivités, et toujours en tête du défilé quand il y en avait un, pour les "classes, les brioches, la vogue. Elle participait à toutes les manifestations, car elle était très demandée et toujours disponible. Il existait aussi une solidarité entre musiciens qui allaient renforcer d'autres fanfares locales.

Les concerts en plein air étaient très prisés par le public. En général ils avaient lieu sur l'esplanade du Cercle.

La messe de la Sainte Cécile (patronne des musiciens) était un grand moment de concert classique. La prestation était toujours exceptionnelle avec souvent de nombreux solos d'instruments

Chaque année au printemps se déroulait, par alternance dans chaque commune, un Festival de musique pour les Fanfares des cantons de Limonest et de Neuville.


Le Festival de Collonges en 1957

 

Cela a été un très grand Festival qui a réuni sur l'Esplanade du Cercle 500 musiciens représentants des 13 sociétés musicales.

1500  spectateurs assistaient à ce grand concert.

Avant d'arriver sur l'esplanade du concert, les sociétés musicales étaient réunies sur divers points d'entrée sur la commune. Vers 13 h 30. tous les musiciens ont démarré en même temps, et ont convergé, en jouant de la musique, vers le lieu du concert. Le public suivait enthousiasmé.

Mais ce qui m'énervait, avant l'entracte, et la reprise du concert, c'était les discours fleuves des divers présidents qui se congratulaient et se remerciaient les uns les autres.

Auguste et Pèpète

Auguste était mon oncle le frère de Papa. Il était plus agé et plus grand que lui. Il travaillait dans une usine de la zone industrielle. Pendant ses vacances ou ses jours de congé, il venait aider Papa pour ses travaux de peinture. Il était marié avec Marguerite, une femme toujours malade qui sortait très peu de chez elle. Ils n'avaient pas d'enfant. Tonton Auguste m'aimait bien. J'étais un peu comme son fils. J'aimais bien quand il m'emmenait dans le clocher, sous les cloches. Il m'expliquait comment les faire sonner.

Il s'occupait de beaucoup de choses. Il était toujours disponible car il ne partait jamais de Collonges. Il était le bedeau de l'église pour préparer les messes du dimanche. C'était aussi toujours lui qui sonnait les cloches de l'église. Les grosses cloches "à la volée", et les plus petites simplement en tirant sur les cordes du battant. Il jouait aussi du clairon à la "clique de la Jeanne d'Arc" et participait aussi aux concerts et défilés. C'était aussi lui qui surveillait les défaillances techniques lors des projections au cinéma de quartier. Ce n'était pas un homme bavard. 


Pèpète était un petit bonhomme "haut comme trois pommes à genou" (comme disait ma grand-mère) Il était célibataire, et avait constamment son bérêt enfoncé sur la tête jusqu'aux oreilles. Ca lui faisait une tête toute ronde comme un ballon. Il aidait un peu son frère Lili qui était maçon sur la commune. Mais disons qu'il n'était pas très dégourdi ! Par contre, il était un très bon gymnaste à la "Jeanne d'Arc".

Le dimanche après la messe, il y avait toujours un rituel de rencontre entre eux deux. Auguste et Pèpète se retrouvaient sur la place avant de rentrer dans "l'épicerie-pâtisserie-café"  de Monsieur et Madame Suchet. C'est elle qui tenait l'épicerie et Mano (Emmanuel) son mari  qui s'occupait de la pâtisserie. Il était très bon pâtissier. Il avait même créé les "madeleinettes des Monts d'Or", mais ça n'avait pas très bien marché. Le dimanche il faisait plus de gâteaux que les autres jours de la semaine, parce qu'il était sûr de les vendre à la sortie de la messe. Souvent il y avait la queue pour les acheter.

Les Suchet avaient aussi installé dans le fond de l'épicerie et leur cuisine quatre tables de bistrot, car ils avaient le droit de servir du vin rouge ou du vin blanc.

Auguste et Pèpète venaient s'asseoir à l'une des quatre tables, mais toujours la même.

Ils faisaient venir un "pot" de rouge (45 cl) et buvaient tranquillement sans se causer. Quand j'arrivais pour rencontrer mon oncle Auguste, il me lançait systématiquement : "Va te chercher un gâteau". C'était mon cadeau du dimanche. Je prenais soit un éclair, une meringue ou une tartelette, et comme je ne voulais pas partir comme un sauvage, je venais m'asseoir à coté d'eux pour manger mon gâteau.

Ils ne se parlaient pas, car ils n'avaient rien à se dire. Des silences assourdissants.

La seule phrase que j'entendais c'était : " Mano, ramène nous un pot !"

 

La messe de Sylvestrino

 

Sylvestrino (Sylvestre Gouat) était un artiste local très original. Il composait des chansons, mais aussi de la musique classique.

Il connaissait bien papa et un jour il lui a raconté qu'il avait composé une nouvelle messe. Il aurait aimé qu'elle soit jouée dans l'église pour la Sainte Cécile. Un accord est trouvé avec le curé Passot et le directeur de la Fanfare.

Mais il y avait un hic. Dans sa messe, il avait prévu des passages avec sonneries de cloches. Qu'à cela ne tienne. Auguste pouvait participer. Mais comment peut-on savoir dans le clocher aveugle à quel moment il faudra lancer les cloches ? Heuresement dans le clocher existait déjà un petit orifice. Il plongeait la vue dans le choeur sur les musiciens et sylvestrino qui serait visible quand il nous fera signe. Nous étions trois dans le clocher.

Auguste avait embauché Pèpète et moi pour l'aider car il ne pouvait pas tout faire en même temps.

Moi, je devais regarder par le trou, et dire quand Sylvestrino nous donnera le départ.    donnait le signal, je le lui disais. Alors, il commençait à jouer son passage de carillon sur plusieurs cloches fixes en même temps avec les pieds et les mains. Chaque battant était accroché à une corde différente.

 A un moment on devait surimposer le son de la "grosse cloche". C'était Pèpète qui devait s'en charger.

La cloche qui sonne à la volée oscille sur un axe, muni d'une grande roue en bois. Pour que le battant frappe la paroi de la cloche et donne un son il faut que celle-ci oscille, largement, presque jusqu'à l'horizontale. Ce mouvement est donné en tirant sur une grosse corde qui s'enroule et se déroule alternativement sur la roue. Quand la corde s'enroule, il faut la lâcher car elle remonte très vite pour s'enrouler. Ensuite on doit la reprendre et tirer fort pour relancer le mouvement.


Pèpète qui connaissait pourtant ce mécanisme a dû avoir une absence momentanée  pendant le concert.

Il a oublié de lâcher la corde quand elle remontait à grande vitesse pour s'enrouler sur la roue.

J'ai vu Pèpète partir comme une fusée en direction du plafond. Heureusement il portait encore son bérêt. Et ce n'est qu'à plusieurs mètres de haut qu'il a laché la corde. L'atterrisage a été rude, mais Pèpète avait encore des bons restes de gymnaste.

On n'a pas pu terminer le solo de cloche.

Personne ne s'en est aperçu.

Sauf peut-être Sylvestrino ?