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Petite enfance (1)

Ma famille pendant la guerre 39-45

Ma famille pendant la guerre 39-45 - Tetelpinpin

J'avais 6 mois lorsque la guerre a été déclarée en septembre 1939. Nous habitions à l'époqe rue de Chavannes près du Café de la Mairie. En 1942, mes deux grand-mères étaient veuves, et s'étaient alors  rapprochées de nous. Elles logeaient aussi très près du Café de la Mairie.

Maman ne travaillait plus depuis ma naissance, et papa avait pris la suite de son père comme peintre-plâtrier. Il était souvent réquisitionné pour aller toute la nuit garder les voies ferrées, près de la gare et du tunnel. Ma grand-mère maternelle était aussi ma marraine. Je l'appelais "Mayaine". Après une "attaque" elle était restée paralysée des jambes et de la parole.

Ma Tatie Renée qui n'avait pas encore d'enfants s'occupait beaucoup de moi. Elle montait nous voir depuis Lyon en prenant le tramway, le "Train Bleu".

Avant de rentrer à la Maternelle elle m'apprenait les lettres, les syllabes et les chiffres. Plus tard quand j'étais à l'école Maternelle, elle m'apprenait les Départements et leurs chef-lieux, et me les faisait réciter. C'est ainsi qu'un jour en arrivant au département de la Mayenne dont le chef-lieu est Laval, je me suis trompé et j'ai dit que c'était mon Grand Pépé qui était le chef-lieu de la "Mayaine".

Elle en a parlé longtemps comme un exploit astucieux.

 

Photo : A un an avec parents, Mayaine et Grand Pépé.

A l'école Maternelle de septembre 1942 à juin 1945 .

A l'école Maternelle de septembre 1942 à juin 1945 . - Tetelpinpin

Cette école maternelle privée était située au même endroit qu'aujourd'hui. L'école primaire Jeanne d'Arc était un Pensionnat pour jeunes filles. L'ensemble était géré par des bonnes  soeurs.

Tous les élèves venaient à pied à l'école. Il n'y avait pas de voitures à cette époque. Moi je n'avais pas de mérite pour venir à pied, j'habitais à 100 mètres.

La classe unique de maternelle était dirigée par une Bonne Soeur : la soeur Maximilia. C'était un drôle de nom, mais on ne se moquait pas. Elle était un peu voilée et portait un grand col blanc autour du cou. Je me suis souvent demandé comment pouvaient être ses cheveux. Je ne les ai jamais vus.

Tous les âges étaient mélangés dans la classe unique, La soeur Maximilia s'occupait de tout le monde.
Les petits jouaient au fond de la classe, et les moyens et plus grands étaient assis devant. La soeur Maximilia dominait la situation avec son bureau sur une estrade. Elle avait toujours à portée de main un long bambou.

Quand on devait lire à haute voix devant tous les élèves et qu'on se trompait la sanction tombait. On voyait arriver le coup de bambou sur notre épaule, ou bien sur notre tête quand elle visait mal.

En général elle visait bien ! Et on recommençait la lecture. "Ré-mi-et-le-la-pin" ça rentrait forcément bien dans nos têtes.

Quand on quittait la Maternelle pour rentrer à la "grande école" on savait lire et écrire. La dernière année on apprenait aussi à compter, et faire des calculs. Je me revois encore au tableau noir faisant de petites additions, soustractions et il me semble aussi faire des multplications et même des divisions? 

Apprendre me passionnait.

Enfin, en octobre 1945 je rentrais à la "grande école" située rue de la Mairie, là où est l'école bilingue, actuellement. J'étais fier.

 

Sur la photo, je suis debout au 2ème rang à gauche de Suzette Suchet avec son gros kiki dans les cheveux. Devant moi assise au premier rang, ma copine Jacqueline Percenel

 

La famille Percenel.

La famille Percenel. - Tetelpinpin

 Un jour de 1942 on a vu arriver dans la maison, de l'autre côté de la rue, en face de chez nous, une famille avec une petite fille de mon âge. Ils arrivaient de Belgique. Ce n'était pas une famille de réfugiés. La petite fille s'appelait Jacqueline. Ils ne connaissaient personne à Collonges, et mes parents les ont vite aidés à s'installer chez eux. Ensuite ils ont sympathisé et sont devenus amis. Moi je suis devenu copain avec Jacqueline. Elle était jolie et j'étais le seul garçon dans le quartier de la Mairie. C'était un peu la petite soeur que je n'avais pas.

Son papa avait une voiture, une 11 traction Citroen noire. C'est la première fois que je voyais une voiture comme ça à Collonges. Plusieurs fois, avec Jacqueline, il nous a emmenés dans sa voiture. Il roulait vite sur la route et il s'entrainait à faire des dérapages controlés sur la place en terre devant chez Bocuse. On avait un peu peur, et avec Jacqueline on se tenait par la main, sur la banquette arrière. 

Jacueline était avec moi à l'école maternelle. Le reste du temps on était aussi toujours ensemble. Pendant les vacances d'été, les parents nous emmenaient à la plage de Collonges ou de Rochetaillée. Comme personne ne savait nager on se trempait juste dans la Saône, mais au bord. Quand on ressortait de l'eau avec nos maillots de bain, tricotés en laine, ça ruisselait pendant longtemps sur nos jambes.
Nos mamans nous emmenaient aussi à Fontaines chez le photgraphe, Monsieur Nesme. Il faisait de jolis portraits de nous deux. Les parents les avaient mis dans un cadre et posés sur leur buffet. 


J'ai su plus tard, à la fin de la guerre, que le papa de Jacqueline faisait partie d'un résau de Résstance : "l'Armée Secrète". Il participait au sauvertage des Juifs, en exode de Belgique et d'ailleurs. Il leur faisait traverser en fraude la ligne de démarcation, pour qu'ils fuient la zone occupée par les Allemands pour se retrouvent en zone libre.

Le papa de Jacqueline risquait à tout moment d'être pris par les Allemands et emprisonné ou fusillé. Pour protéger sa famille, il ne gardait rien de compromettant chez lui. Il avait confié, à mon papa, tous les papiers concernant l'Armée Secrète. Mon papa les avait alors cachés dans ma chambre, sous mon matelas. Je n'ai su que bien plus tard que j'avais participé, sans le savoir, à la Résistance à Collonges !

 

Photo : Eté 1943, en bord de Saône. Quelques instants de bonheur, avec la famille Percenel. Les enfants à cheval sur leurs mamans

 

Trois filles et le garçon

Trois filles et le garçon - Tetelpinpin

Avec l'arrivée de Jacqueline, cela faisait trois filles autour du Café de la Mairie et un seul garçon. Yvonne était l'ainée de la petite bande, avec les plus jeunes Simone, Jacqueline et moi. Elle nous dirigeait dans toutes nos activités, et on lui obéissait.

Notre terrain de jeux se situait derrière le Café, à coté de nos maisons. C'était quatre jeux de boules ombragés par de grands platanes.
Yvonne voulait toujours jouer à l'hopital. Elle nous faisait allonger sur les tables de la buvette des jeux de boules. Il ne fallait pas bouger car on était malades. Elle nous faisait des piqures avec des brindilles et des pansements avec des feuilles de lilas.

Un jour on a trouvé un oiseau mort. Alors, on l'a placé dans une jolie petite boite en osier et on l'a enterré en haut des jeux de boules, au pied d'un poteau d'éclairage. On apportait souvent sur la tombe, des fleurs des champs voisins de la "Verchère".


Yvonne inventait aussi des jeux. J'aimais bien jouer au jeu du platane. Elle enlevait des bouts d'écorces sur les troncs des platanes. Elles étaient fines et s'arrachaient facilement avec les ongles. Ca faisait alors des dessins de couleur blanche sur le tronc. Il fallait retrouver d'où elle avait enlevé le morceau d'écorce. C'était le puzzle du platane. Ca prenait du temps, mais on n'était pas pressés.

Quelques fois les parents de Jacqueline et les miens se réunissaient pour jouer aux cartes. Ils nous couchaient dans la chambre des parents et on jouait dans le grand lit. Une fois on a voulu jouer au docteur, mais on avait pas de brindilles, ni de feuilles de lilas sous la main. Jacqueline a voulu attraper le rameau de buis qui était sur le crucifix au dessus du lit de ses parents. Mais elle était trop petite, et c'est moi en satant qui avait réussi à le décrocher. On a pu se faire des piqures et prendre la température. On s'était bien amusés tous les deux toute la soirée. Mais quand les parents sont venus nous chercher dans la nuit ils ont découvert le rameau dans le lit. Ils nous ont bien grondés, parce que le rameau de buis était béni et que ce n'est pas un jeu.

 

Photo : Simone, Jacqueline et moi. Yvonne prend la photo

 

 

 

 

Mes Noëls

J'aimais bien la période de Noël. On attendait le Père Noël et ses cadeaux. Et puis on mangeait mieux. Au dessert on avait des figues sèches et des dattes. On mangeait aussi des tartines de beurre sur du gros pain jaune ou noir, avec de la poudre de chocolat dessus. C'était meilleur que les tartines de sucre. Maman trempait une grosse tranche de pain dans l'eau, et elle la saupoudrait avec du sucre en poudre. Comme ça le sucre ne tombait pas de la tartine.

Mais le plus beau cadeau de Noël a été mon premier vélo, un petit tricycle bleu.
En attendant le Père Noël, on nous avait couchés tous les deux avec Jacqueline dans une chambre de l'étage. Les escaliers étaient très raides et très étroits. Dans la nuit on a entendu un grand bruit dans les escaliers. On s'est vite levés pour apercevoir peut-être le Père Noël ? Non c'était le papa de Jacqueline qui était étalé en bas des escaliers avec mon tricycle. Il avait débaroulé toutes les marches en redescendant le vélo qui était caché dans le grenier depuis plusieurs jours

Les papas sont moins lestes que les Pères Noël qui eux descendent par les cheminées.

Une fois ma Tatie Renée était venue passer Noël avec nous et son amie Jany de Cannes. Mon papa voulait leur faire plaisir. On avait mis tous les deux une rallonge de table sur les dossiers de deux chaises pour installer les desserts et des oranges. Pour faire joli et rappeler à Jany sa Côte d'Azur mon papa avait installé en décoration deux grands cardons sur les chaises pour faire comme des palmiers. C'était la première fois que je voyais des palmiers, et surtout des palmiers-cardons.
On les a mangés le lendemain, et c'était bon!